Le bras de fer entre l’État belge et le géant français de l’énergie Engie vient de monter d’un cran. Face à l’enlisement des discussions sur le rachat du parc nucléaire belge, le gouvernement de Bart De Wever envisage désormais une option radicale : la nationalisation forcée des centrales de Doel et de Tihange.
Un projet de loi déjà dans les tiroirs
Selon les informations relayées ce mardi par la presse belge, l’administration a déjà rédigé un projet de loi permettant à l’État de reprendre les installations. Dans ce scénario de secours, c’est le gouvernement qui fixerait lui-même le montant de l’indemnisation versée à Engie, sur la base de sa propre estimation d’un prix équitable. Une voie juridiquement explosive, qui exposerait le pays à une longue bataille devant les tribunaux.
Pour beaucoup d’observateurs, il s’agit d’abord d’un levier de pression destiné à débloquer des négociations au point mort.
Le 4 novembre en ligne de mire
Les discussions ont démarré avec une lettre d’intention signée le 29 avril dernier. L’objectif : définir les grands principes (les « Heads of Terms ») d’une reprise par l’État des activités nucléaires d’Engie et de sa filiale Electrabel en Belgique. La date cible, initialement fixée au 1er octobre, a déjà été repoussée d’un commun accord au 4 novembre, en raison de la complexité du dossier.
L’enjeu financier est considérable. Il ne s’agit pas seulement de la propriété des réacteurs, mais aussi de la prise en charge de coûts de démantèlement qui se chiffrent en milliards d’euros.
Sept réacteurs, deux encore en marche
Le parc compte sept réacteurs. Cinq sont déjà à l’arrêt : Doel 3 depuis octobre 2022, Tihange 2 depuis janvier 2023, puis Doel 1, Tihange 1 et Doel 2 en 2025. Seuls Doel 4 et Tihange 3 tournent encore, prolongés jusqu’en 2035 par l’accord conclu sous le gouvernement De Croo, dans lequel l’État est déjà partenaire.
La majorité Arizona veut aller plus loin : maintenir ces deux unités jusqu’en 2045, étudier le redémarrage de certains réacteurs arrêtés et préparer de nouvelles capacités. Le ministre de l’Énergie Mathieu Bihet (MR) a fait appel à des experts comme Framatome et Westinghouse pour évaluer l’état des cinq réacteurs à l’arrêt, et se montre favorable à une nouvelle prolongation de Tihange 1.
L’opposition réclame un débat
La perspective d’une expropriation fait réagir. Le parti Anders demande une réunion urgente de la Chambre dès cette semaine, en présence du Premier ministre. Car au-delà de la stratégie de négociation, la question est lourde : l’État est-il prêt à devenir l’exploitant, et le payeur, de tout le nucléaire belge ? Réponse, peut-être, le 4 novembre.
Sources : Business AM, 21News, RTBF, L-Post, NewMobility
Photo : Alf van Beem / CC0, via Wikimedia Commons










