La Belgique est souvent présentée comme une « pharma valley » européenne. Mais ce champion commence à s’essouffler. Lundi, à l’occasion de ses 60 ans, la fédération de l’industrie du médicament, Pharma.be, a lancé un sérieux signal d’alarme. « On est très inquiets pour les années à venir », a résumé sa CEO, Caroline Ven, lors d’une conférence de presse à Bruxelles.
Des indicateurs qui virent au rouge
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les exportations de médicaments, qui pèsent environ 73 milliards d’euros par an, ont reculé de 6,8 % en 2025. Les investissements ont baissé de 12 % en 2024, puis encore de 4 % en 2025. Et plus de 400 emplois ont disparu dans le secteur entre 2023 et 2025.
Selon la fédération, la politique commerciale de Donald Trump aux États-Unis expliquerait en partie ce repli des exportations. Une étude récente de Pharma.be montre que la Belgique reste en tête de l’Union européenne pour les investissements en recherche et développement par habitant dans ce secteur, mais que l’Europe dans son ensemble prend du retard dans la course mondiale à l’innovation.
Le budget santé dans le viseur
L’inquiétude est aussi très belge. Les négociations budgétaires fédérales envisagent des économies dans les soins de santé, et le secteur craint d’en faire les frais. Caroline Ven rappelle qu’il y a une vingtaine d’années, la Belgique consacrait près de 1,7 % de son PIB au remboursement des médicaments, contre environ 1,1 % aujourd’hui.
Si la tendance se poursuit, prévient-elle, les effets se feront sentir dans la recherche, les universités, les hôpitaux et les centres d’études cliniques.
Ce que demande le secteur
Pharma.be appelle les pouvoirs publics à protéger l’innovation, notamment en soutenant la R&D, à considérer les soins de santé comme un investissement plutôt qu’un coût, à accélérer l’accès des patients aux nouveaux traitements et à restaurer la compétitivité du pays.
Pour les patients, l’enjeu est concret : c’est aussi en Belgique que se déroulent de nombreux essais cliniques qui permettent un accès précoce à des traitements innovants. Un écosystème qui s’affaiblit, c’est potentiellement moins d’essais et des médicaments qui arrivent plus tard.
Sources : La Libre / Belga
Photo : Adoscam / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
