Vous ne le voyez pas, mais il tourne déjà presque à plein régime dans les débats. Le nouveau centre de données BRU01, construit par la société KevlinX à Neder-Over-Heembeek, au nord de Bruxelles, consommera à lui seul environ 3 % de toute l’électricité demandée dans la Région. Le chiffre ressort de la réponse de la secrétaire d’État bruxelloise à l’Énergie, Audrey Henry (MR), à une question parlementaire de la députée Lotte Stoops (Groen).
140 GWh par an
Concrètement, la première partie du site, achevée fin 2025 et sur le point d’entrer en service, dispose d’un raccordement de 20 MW. Avec cette puissance, BRU01 devrait consommer quelque 140 GWh par an, à comparer aux 4 900 GWh de demande électrique estimée pour la Région en 2025 par Bruxelles Environnement.
Pour se faire une idée, et en prenant comme ordre de grandeur une consommation moyenne d’environ 3 500 kWh par ménage, ces 140 GWh correspondent à la consommation électrique annuelle de quelque 40 000 foyers. Et ce n’est qu’un début : le gestionnaire de réseau Elia libérera 20 MW supplémentaires à partir de 2028 pour la mise en service d’une deuxième partie.
Combien de data centers Bruxelles peut-elle absorber ?
La députée écologiste ne conteste pas la qualité technique du projet. Elle reconnaît une conception efficace, avec relativement peu d’énergie perdue dans le refroidissement et une consommation d’eau conforme aux objectifs que s’impose le secteur. Mais à ses yeux, la pression globale sur les ressources reste importante, et la Région ne dispose d’aucune stratégie pour évaluer ce type de projets.
Sa question est simple : combien d’installations de ce genre la capitale peut-elle absorber, et quels investissements dans le réseau faudra-t-il prévoir ? Pour rappel, la consommation totale d’énergie de la Région, gaz et produits pétroliers compris, s’élevait à 17 151 GWh en 2024.
L’IA, moteur d’une ruée vers les data centers
Le sujet dépasse largement Neder-Over-Heembeek. Partout en Europe, l’essor du cloud et de l’intelligence artificielle fait exploser la demande pour ces bâtiments remplis de serveurs, gros consommateurs d’électricité et de refroidissement. Pour les villes, ils représentent des investissements et une forme de souveraineté numérique, mais aussi une concurrence directe pour un réseau électrique déjà sollicité par l’électrification des voitures et du chauffage.
Entre attractivité économique et sobriété énergétique, Bruxelles devra trancher. Le dossier BRU01 pourrait bien servir de cas d’école.
Sources : La Libre / Belga
Photo : BalticServers.com / CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons


